Exposition Bolchevisme contre l'Europe, Lille 1942

L'exposition itinérante "Le bolchévisme contre l'Europe" s'inscrit dans une des périodes sombres de l'histoire de France; l'occupation.

Patronnée par le secrétariat d'Etat à l'Information et organisée par le Comité d'Action Antibolchévique sous la supervision de la Propaganda-Abteilung Frankreichs, Cette exposition avait pour objectif de présenter l'échec et les dangers du communisme. Le financement a été partagé entre l'Etat Français, l'Allemagne, l'Espagne, la Finlande, la Hongrie, la Roumanie et le Portugal.

la première édition de cette exposition a eu lieu à PARIS, à la salle Wagram, du 1er mars au 15 juin 1942.

LILLE  a été la 2ème étape et non des moindres. En effet, le Nord et le Pas de Calais se trouvaient dans un statut particulier. Ces départements étaient rattachés au Militärbefehlshaber Belgien und Nordfrankreich (Commandement militaire de la Belgique et du nord de la France à BRUXELLES) et donc ne dépendaient ni de Vichy, ni du Militärbefehlshaber in Frankreich (Commandement militaire de la France). Même si les relations entre VICHY et BRUXELLES s'étaient adoucies depuis début 1942, l'Etat Français avait peu d'emprise sur ces 2 départements. L'enjeu derrière le choix de LILLE était donc double :

  • permettre à l'Etat Français d'affirmer sa légitimité sur cette région. 

  • lutter contre le communisme avec l'Allemagne et ainsi s'engager encore plus dans la collaboration.

Quoiqu'il en soit, l'exposition s'est installée au Palais des Beaux Arts et été prévue pour durer du 12 juillet au 15 août 1942. En fait, elle s'est prolongée jusqu'au 13 septembre.

Le prix de l'entrée, 2 Francs, donnait droit au visionnage d'un film.  

Affiche de l'exposition.

Les préparatifs ont commencé en mai 1942.

Le comité d'organisation est formé par le Lieutenant-Colonel GAMORY-DUBOURDEAU (secrétaire général), le Capitaine MATHIEU de la LVF (secrétaire général adjoint), Mrs HURTEVENT (secrétaire administratif de la Fédération Nord du Parti Populaire Français, DROIT (inspecteur régional du Parti Populaire Français chargé de la propagande) et DE BENEDETTI (rédacteur en chef du Cri du Peuple).

Exposition Le bolchevisme contre l'Europe Lille 1942.
Exposition Le bolchevisme contre l'Europe Lille 1942.

Grand Echo du Nord 14 juillet 1942.

L'emploi d'un camion et de 200 litres d'essence ont été validés par la Propaganda-Staffel de LILLE pour poser des panneaux publicitaires dans les communes de ROUBAIX, TOURCOING, CAMBRAI, ARMENTIERES, HAZEBROUCK, ANZIN, DENAIN, LA BASSEE, HENIN-LIETARD, DOUAI, BETHUNE, BRUAY, SAINT-OMER, ARRAS, DOULLENS, VALENCIENNES et AVESNES. [1]

Le département a accordé une subvention de 10000 Francs.

Afin d'agrémenter leur stand, les membres du Parti Populaire Français ont demandé aux Renseignements Généraux de LILLE à avoir accès à leurs archives concernant les activités du Parti Communiste dans le Nord avant et pendant la guerre ainsi que depuis l'occupation. [2] Cette requête n'eut pas de suite, les Renseignements Généraux souhaitaient probablement conserver la confidentialité sur ses enquêtes, mais aussi ne pas s'engager avec un partie ouvertement collaborationniste qui était par ailleurs déjà surveillé par leurs services. 

Journal de Roubaix 4 juillet 1942.

Le matériel de l'exposition de PARIS a été acheminé par camion jusque LILLE où il a été installé à partir de fin juin. 

Plusieurs visites du chantier ont été organisées pour la Presse et les officiels dont une le 3 juillet avec le Préfet de Région CARLES.

L'inauguration de l'exposition a eu lieu le 12 juillet en présence de Paul CHACK (président du comité d'action antibolchévique), le Préfet de région Fernand CARLES, Paul DEHOVE (maire de LILLE), le Général Heinrich NIEHOFF (chef de l'Oberfeldkommandantur 670 de LILLE) et de 5000 personnes. [3]

Grand Echo du Nord 13 juillet 1942. Inauguration de l'exposition.

D'un point de vue postal, comme à PARIS, cette exposition devait comporter un guichet postal temporaire doté d'un timbre à date similaire à celui de PARIS. Un article du Réveil du Nord du 10 juillet précise: "Un petit bureau des P.T.T. sera installé où les visiteurs pourront faire timbrer leur correspondance."

Une demande avait bien été faite le 7 juillet par le secrétariat de l'exposition auprès de la Poste via le Préfet pour obtenir un guichet et un timbre à date spécial. Demande qui avait été aussitôt transmise à la Poste. [6]

Cependant, c'était mal connaître les délais qu'imposait cette demande. Ainsi, le 15 juillet, soit 3 jours après le début de l'exposition, le directeur des P.T.T. du Nord annonçait au Préfet :" [...] Toutefois un certain délai sera néanmoins nécessaire pour la confection du timbre à date. Comme sans ce timbre commémoratif, la vente de timbres poste dans l'enceinte de l'exposition ne présenterait aucun intérêt, l'ouverture du guichet n'aura lieu qu'à la réception du cachet." [7]

Installer un guichet postal doter d'un timbre à date spécial, permettait aussi gonfler le nombre d'entrées avec un certains nombres de philatélistes plus intéressés par l'oblitération temporaire que par le thème de l'exposition.

La première date connue de timbre à date est le 30 juillet 1942. Dans un encart du 28 juillet, le Réveil du Nord informe les visiteurs qu'ils pourront oblitérer leurs timbres avec le cachet spécial de l'exposition. On peut donc supposer que le timbre à date "EXPOSITION ANTBOLCHEVIQUE LILLE" et le guichet postal ont été mis en service entre le 28 et le 30 juillet. 

Réveil du Nord 28 juillet 1942.

De LILLE à FOURMIES, le 10 août 1942. Lettre affranchie à 1,50 Franc pour un poids jusque 20 g (tarif du 5 janvier 1942).

De LILLE à PARIS, le 11 août 1942. Affranchie à 7,50 Francs pour une lettre jusque 20 g en exprès à destination d'une commune pourvue d'un bureau distributeur (tarif du 5 janvier 1942).

Sources: 

[1] Archives du Nord 1W1329. Lettre de la Propaganda-Staffel de LILLE à la Préfecture du 10 juillet 1942. 

[2] Archives du Nord 1W1329. Lettre du Commissaire des Renseignements Généraux au Préfet le 23 juin 1942.

[3] Le Grand Echo du Nord 13 juillet 1942.

[4] Le Matin du 15 juin 1942

[5] L'Action Française du 17 décembre 1943.

[6] Archives du Nord 1W1329. Lettre d'André HURTEVENT au Préfet, 6 juillet 1942.

[7] Archives du Nord 1W1329. Lettre du directeur des P.T.T. du Nord au Préfet, 15 juillet 1942.

Le ministre de l'éducation Abel BONNARD visitera l'exposition en fin de journée du 13 juillet dans le cadre d'une tournée éclaire dans l'arrondissement de LILLE.

Une carte postale souvenir a été émise à l'occasion de l'exposition de PARIS, mais probablement avec des quantité trop importantes puisqu'elle servira aussi pour les autres expositions.

De LILLE à NANCY, le 3 août 1942. carte affranchie à 60 c au tarif 5 mots (tarif du 5 janvier 1942).

Le verso indique toujours la Salle Wagram comme lieu de l'exposition.

De LILLE à NANTES, le 8 août 1942. même tarif que la carte précédente.

Ici, le verso a été repiqué pour indiquer le palais des Beaux Arts.

L'exposition a fermé ses portes le 13 septembre avec la semaine française basée sur les thèmes de l'Empire français et de la jeunesse.

Pour la Presse régionale (contrôlée par les allemands), les 153000 entrées marquaient une réussite. Dans le Grand Echo du Nord du 7 septembre : "Elle [l'exposition] a obtenu ici un succès inespéré. Pendant 2 mois, la foule est venue chaque jour plus nombreuse et plus intéressée." Le Réveil du Nord avec son édition du 14 septembre annonce à ses lecteurs: "le succès de cette exposition a dépassé de loin les prévisions".

A PARIS, le Matin annonce dans son édition du 22 août à l'occasion du 100000ème visiteurs de l'exposition lilloise: " Lille, le 21 août - L'exposition "le bolchévisme contre l'Europe" remporte les plus grand succès."

En réalité, ces chiffres sont invérifiables et proviennent des organisateurs ou des organes de propagande. 

L'exposition s'installera à BORDEAUX du 18 octobre au 3 décembre 1942, à LYON du 27 mars au 15 mai 1943, puis à MARSEILLE du 2 octobre au 17 décembre 1943 et enfin à TOULOUSE du 7 mai à début juillet 1944.

Mise à part, PARIS (370000 entrées)[4], LILLE et MARSEILLE (170000 entrées)[5] semblent avoir totalisé la meilleure fréquentation.

Chaque exposition  sera dotée d'un guichet postal utilisant un timbre à date spécial.